Qu’est-ce qu’un LET?

Appelé à tort un dépotoir, un lieu d’enfouissement technique est aménagé conformément aux exigences du Règlement sur l’enfouissement et l’incinération des matières résiduelles (REIMR). Parce qu’un déchet, même enfoui, pollue très largement notre environnement, ce Règlement est essentiel pour la saine gestion des matières résiduelles qui n’ont pas leur place dans notre bac bleu ou brun ni même à l’écocentre ou aux points de dépôts spécifiques prévus pour certaines matières.

Le Bas-Saint-Laurent compte quatre LET : Matane, Rimouski, Rivière-du-Loup et Dégelis se partagent les matières résiduelles des huit MRC du territoire. Absolument tout ce que vous mettez dans votre bac noir ou vert et transporté par les camions de collecte s’y retrouvera forcément!

Recouvrement – LET de Rimouski – Photo : Sarah Tavernier

Un LET :

  • occupe un grand terrain ni trop loin des villes – le site d’enfouissement doit être accessible en tout temps rapidement – ni trop proche – afin d’éviter les désagréments causés par les odeurs et par souci d’hygiène.
  • comporte des cellules d’enfouissement qui reçoivent les déchets et dont la fondation repose sur une succession de membranes et de matériaux garantissant leur étanchéité. Une fois remplies de déchets, les cellules sont refermées par d’autres couches de matières spécifiques (sable, membrane étanche, granulat, terre) et recouvertes de végétation. Ces cellules sont chapeautées par des bouches d’évacuation[1] des biogaz émis par les cellules refermées et sont munies de drains permettant l’évacuation de l’eau vers plusieurs bassins de récupération. Leur aménagement est lui aussi réglementé et on y effectue un suivi environnemental serré pour qu’un processus de traitement rigoureux soit fait avant que les eaux soient « remises en circulation ».
  • est muni de clôtures pour empêcher le libre accès et le passage des animaux, et de filets pour parer à l’envol des déchets.
Recouvrement - LET de Rimouski - Photo : Sarah Tavernier

Cellules vide et pleine – LET de Dégelis – Photo : Sarah Tavernier

Les enjeux de l’enfouissement

Enfouir de grandes quantités de déchets n’est pas une mince affaire – encore plus lorsqu’on aborde le sujet d’un point de vue environnemental. Il faut être conscient des enjeux que cela implique!

  • Les montagnes de détritus des LET ne sont pas à l’abri des rafales de vent qui propulsent les immondices dans les espaces environnants, sans parler des nombreux animaux sauvages qui fréquentent le site et en emportent également avec eux. Pour limiter ces déplacements involontaires des déchets, le LET est équipé de clôtures, et ses employés doivent épandre régulièrement une grande quantité de matières de recouvrement (terre ou autre matériel granulaire) pour assurer le maintien des déchets au sol et limiter les larcins des animaux.
  • Ne pensons pas que nos déchets disparaissent! D’autant plus que ceux qui sont enfouis font l’objet d’une dégradation limitée étant donné qu’ils ne subissent pas l’érosion de l’eau et du soleil… Et même : certains déchets voient leur période de dégradation allongée, voire stoppée, et parfois bien au-delà de la fermeture d’un LET!
  • Le liquide (lixiviat) qui s’écoule des cellules du LET est en bonne partie traité avant d’être rejeté dans l’environnement, mais malgré la bonne volonté et les procédés sophistiqués, les fuites inévitables contribuent à contaminer les eaux et les sols environnants. Et la pollution de l’eau, on n’aime pas tellement ça!
  • Pas plus que la pollution de l’air, d’ailleurs! Les mauvaises odeurs à l’approche des LET sont principalement liées aux biogaz, constitués notamment de méthane et de dioxyde de carbone. Ces gaz à effet de serre participent au réchauffement climatique! En 2018, les LET du Québec régis par le REIMR ont émis 3 % des émissions totales de gaz à effet de serre de la province[2].
  • Les espaces d’enfouissement au Québec sont saturés. La taille des cellules différant d’un LET à un autre[3], déterminer d’avance leur degré et leur vitesse de remplissage est souvent un véritable casse-tête – surtout pour les plus grands sites. Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec (BAPE) annonçait dans son rapport de janvier 2022 que « si l’enfouissement de matières résiduelles et l’utilisation de recouvrement journalier devaient se poursuivre au rythme de 2019, des 38 LET en opération au Québec, 9 devraient avoir atteint la capacité maximale autorisée avant 2030 [et] 13 autres l’atteindraient entre 2030 et 2041[4]. » Ouille.
  • Les cellules sont pleines? En construire de nouvelles requiert de l’espace d’aménagement et d’agrandissement, en plus de nécessiter un financement considérable. C’est d’ailleurs ce qui explique l’augmentation du coût moyen d’enfouissement affiché par ces lieux, qui se situe aujourd’hui autour de 101 $/ tonne dans la région – une augmentation qui se répercute bien entendu… sur vos taxes municipales! En bref : plus on envoie de déchets au LET, plus ça nous coûte cher et, évidemment, plus on pollue. Autant dévier de l’enfouissement tout ce qui peut l’être!
  • L’enfouissement des déchets ne datant pas d’hier, certains Lieu d’enfouissement sont maintenant fermés. La fermeture est généralement due au manque d’espace pour l’installation de nouvelles cellules ou aux normes en vigueur plus élevées que celles en cours à leur instauration. Il est certain que la réglementation actuelle entourant l’enfouissement des déchets n’était pas la même il y a trente ans et qu’elle différera assurément de celle de demain… Quoiqu’il en soit, et même avec la meilleure réglementation du monde, nos déchets coûteront toujours cher et seront toujours polluants.

On peut considérer les LET comme un mal nécessaire… Grâce à eux, on n’élimine pas le problème des déchets; on tente plutôt de limiter les dégâts – et les conséquences. Et dans la mesure où nous produisons tous des déchets, nous sommes donc tous responsables… et faisons partie de la solution! Veillons à ne pas surcharger nos bacs noirs ou verts en triant adéquatement nos matières résiduelles.

Pour limiter l’enfouissement et éviter de surcharger nos LET, on peut :

  • appliquer le principe des 3RV – on ne le dira jamais assez! –, c’est-à-dire : réduire à la source en évaluant bien nos besoins, réemployer certaines matières, recycler ce qui peut l’être et, enfin, valoriser nos objets et leurs usages.
  • trier nos déchets adéquatement : le bac bleu et le bac brun sont nos alliés! Encore aujourd’hui, beaucoup trop de matières recyclables et de matières organiques se retrouvent à l’enfouissement;
  • éviter les produits non recyclables;
  • faire savoir à notre entourage, aux lieux qu’on fréquente et à notre municipalité notre intérêt à avoir accès à des produits recyclables ou sous d’autres formes de consommation (exemples : remplacer les contenants de polystyrène des cantines par leur équivalent en carton alimentaire, permettre le service du café dans votre propre tasse plutôt que dans un verre jetable, traîner avec vous vos ustensiles et refuser fièrement ceux en plastique des restaurants, etc.).

Enfin, soyez curieux! Allez visiter le LET de votre région[5] pour constater de visu ce qu’il en est – mais attention : c’est assez percutant… Vous risquez d’en revenir non seulement ébranlé·e, mais surtout déterminé·e à faire encore davantage votre part!

Bassins – LET de Dégelis – Photo : Sarah Tavernier


Sources :

[1] Les gaz, s’ils sont parfois récupérés puis valorisés, sont dans la majorité des cas brûlés sur place. Une bonne partie du méthane (un gaz au potentiel de réchauffement au moins 20 fois plus puissant que le CO₂ émis par les matières organiques en décomposition) est capté et brûlé pour éviter son émission directe dans l’atmosphère.

[2] Rapport n364 – L’état des lieux et la gestion des résidus ultimes – janvier 2022 – Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec.

[3] Entre autres parce que la population desservie diffère, mais aussi parce que la quantité de déchets par citoyen évolue d’année en année et qu’il arrive que des chargements non prévus provenant d’autres MRC livrent leur trop-plein dans un autre LET en raison de l’atteinte de leur quota.

[4] Rapport n364 – L’état des lieux et la gestion des résidus ultimes – janvier 2022 – Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec.

[5] Renseignez-vous auprès de votre MRC!

 

 

Chronique «Les temps changent… pas que le climat !» réalisée par Co-éco, en partenariat avec les MRC de Kamouraska, de Rivière-du-Loup et des Basques.

 

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